• Laurent Campagnolle

Le non-faire ? un grand faire !

Dernière mise à jour : 17 oct.

Le temps de vie que nous consacrons à la « valeur travail » est un temps fondé, par essence, à une privation. Du moins selon la conception philosophique des élites romaines qui distinguaient deux concepts complémentaires.

* Le premier, l’otium (équivalent de la scholè des Grecs antiques) incarnait le temps valorisé car vécu de façon libre et gratuite, sans calcul. Ce temps pouvant être destiné à soi, à ses proches, à l’apprentissage de connaissances théoriques ou pratiques, aux échanges amicaux, à la réflexion personnelle, à la création, au jeu, à l’immersion dans la nature... Autant de moments et de « matériaux » qui fondèrent au XVIIIème siècle la notion « d’honnête homme », c’est à dire de personne instruite et cultivée, avec qui il était agréable d’échanger, d’avoir « bon commerce ».

* Le second concept se définissait par défaut : le « nec otium », littéralement le « sans otium ». Dévalorisé, ce temps était imprégné de calculs, de contraintes, de recherche permanente d’intérêts et de gains, de perte de liberté, de dépendances... Or, ce mot porteur d’un concept privatif est devenu en français... le négoce !

Dans cette optique, la « valeur travail » qui obsède nos sociétés productivistes est donc, par essence, un temps qui nous prive, un temps « sans ». Or, pour atteindre une qualité de travail, pour être « performant(e) » dans le domaine professionnel comme dans ceux des sports, de l’apprentissage ou des arts, il est indispensable d’instaurer des temps de récupération, de décentrage, de « vide » ; bref, d’otium.

Le paradoxe est donc que le non-faire (apparent) est un grand faire. Car, à l’image de la physique quantique où le vide recèle plus d’informations que la matière, notre esprit a absolument besoin de ces temps « vacants » où l’esprit semble flotter (seul en soi, ou en lien avec les autres). Sinon, un esprit en permanence focalisé sur des processus et des objectifs professionnels devient moins bon, moins concentré, moins performant. La personne devient en effet l’instrument permanent du nec otium, au risque de se retrouver sans raison d’être, sans sens, sans énergie, sans joie.

Si nous ne sommes pas des nantis romains, nous n’aspirons pas non plus à être des esclaves du cirque, « du pain et des jeux » contemporains. Pour le bien de notre vie comme de notre travail, nous pouvons faire (re)vivre l’otium, en nous et autour de nous. En faire une saine pratique présente, ressurgie d’un concept éclairant de notre passé.


Pour approfondir l’otium


§ Un livre du sociologue et historien Jean-Miguel Pire, consacré au sujet et à son évolution dans le temps.

§ Passer à la pratique :


Laurent Campagnolle ~ 06 84 08 57 89 ~ lc@ligam.fr

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